Acheter une entreprise en région – avantages et possibilités

Juillet 2020

Selon la Banque de développement du Canada, 60% des entrepreneurs ont plus de 50 ans et environ 40% d’entre eux se départiront probablement de leur entreprise au cours des 5 prochaines années*. Il s’agit d’une grande menace pour l’économie québécoise et c’est pourquoi le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) a été mis sur pieds il y a maintenant 5 ans. Le CTEQ travaille à conserver ces entreprises et les emplois qui y sont rattachés au Québec. Pour y parvenir, il met en relation des propriétaires d’entreprise et des acheteurs potentiels et les accompagne tout au long du processus de transfert de l’entreprise.

 

 

On entend beaucoup parler d’entrepreneuriat dans les médias, mais qu’en est-il du repreneuriat ? Entreprendre est un projet où une entreprise est créée de toutes pièces, de « rien ». De l’autre côté, le repreneuriat représente un projet où un individu ou un groupe d’individus procèdent à l’acquisition d’une entreprise existante. Un accent est mis sur :

  • La période de la transition (de 3 à 8 ans)
  • L’arrimage humain entre le cédant (propriétaire-dirigeant souhaitant vendre son entreprise) et le repreneur (individu ou groupe d’individus souhaitant acheter l’entreprise)
  • Le transfert des connaissances

Il existe, au Québec, un phénomène d’exode des régions par la jeunesse, de vieillissement de la population et de pénurie de relève auprès d’entreprises existantes. Il était donc naturel pour le CTEQ d’avoir une discussion conjointe avec l’organisme Place aux jeunes en région pour explorer le potentiel que nos jeunes Québécois et Québécoises ont pour renverser ces situations.

Dans cette entrevue, nous accueillons Stéphane Lesourd, directeur des opérations de Place aux jeunes en région et Stéphane D’Amours, conseiller en transfert d’entreprise pour les régions de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec au CTEQ.

M. Lesourd, parlez-nous brièvement de Place aux jeunes en région, organisme que vous représentez.

Place aux jeunes en région a été fondée il y a 30 ans en réponse à l’exode des régions du Québec. Financé par le Secrétariat à la jeunesse du Québec, notre réseau est présent dans 80 MRC du Québec. Le rôle de ces agent(e)s Place aux jeunes est d’attirer, d’accueillir et d’intégrer les jeunes de 18 à 35 ans en région via différents programmes.

Aujourd’hui, nous constatons différents enjeux liés à la mobilité de la jeunesse ce qui amène son lot de défis dans un contexte de rareté, voire de pénurie, de main-d’œuvre. De plus, avec les années, la clientèle que notre organisme dessert ne se limite plus aux personnes originaires des régions ayant quitté, mais aussi aux néoruraux, donc des individus n’ayant jamais vécu en région, ainsi qu’aux immigrants, pour qui les régions du Québec restent à découvrir.

M. Lesourd, pourriez-vous nous partager les avantages pour les jeunes de s’établir ou rester en région pour y reprendre (acheter) une entreprise ? De l’autre côté, quels sont les impacts sur la région ?

Il est clair que s’installer en région offre un milieu de vie très différent du milieu urbain. On parle évidemment de proximité à la nature et d’achat local au sein de communautés solidaires et tricotées serrées. L’achat d’une maison, ou d’autres propriétés sont aussi beaucoup plus accessibles.

L’occupation des MRC à caractère rural par les jeunes permettrait de rééquilibrer la pyramide des âges. Mais surtout, si on parle de repreneuriat, le transfert du savoir-faire et de l’expertise est au cœur des avantages. Prenons l’exemple d’un forgeron installé en Côte-Nord qui ne trouve pas de relève pour son entreprise. C’est un savoir qui pourrait disparaître ! En outre, qui dit jeunesse, dit nouvelles idées et nouvelles façons de faire; toutes bénéfiques pour la vitalité économique des régions.

M. D’Amours, vous représentez les régions de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec pour le CTEQ. Parlez-nous des possibilités en matière de reprise (achat) d’entreprise dans ces régions. Quels sont les secteurs d’activité principaux ?

Une grande partie des emplois dans la région tourne autour des ressources naturelles. Oui, il y a les alumineries, les minières, les producteurs de bois, mais il y a surtout tout le réseau de fournisseurs et de services qui s’y greffent. De plus, qui dit nature, dit entreprises de plein air et de tourisme.

Les commerces de proximité et commerces de gros qui sont si essentiels sont également des avenues intéressantes pour un repreneur. Si le dépanneur du village pouvait être repris au lieu de fermer, cela éviterait de mettre une communauté en péril et obliger ses habitants à faire une distance de 70 km pour acheter une simple pinte de lait.

De plus, les soins de santé comme la massothérapie, la physiothérapie et autres sont des secteurs d’activités bien représentés dans la région.

J’aimerais aussi partager un petit mot sur les communautés autochtones. Certains ont peut-être quitté leur communauté pour étudier en ville et rêvent possiblement d’y retourner. La reprise d’une entreprise dans leur région natale peut-être un bon moyen d’y arriver.

M. D’Amours, disons qu’un Montréalais ou une Montréalaise d’origine considère s’installer en Côte-Nord ou au Nord-du-Québec pour reprendre une entreprise, que lui diriez-vous si on vous demande à quoi ressemble la qualité de vie, concrètement ?

Je lui parlerais de mon expérience personnelle. Dès l’âge de 16 ans, j’ai quitté la ville pour voyager partout au Québec et je suis tombé en amour avec la Côte-Nord. Mes études et le travail m’ont par la suite amené à voyager partout dans le monde, de l’Haïti au Pérou, en passant par l’Afrique et l’Europe. Quelques décennies plus tard, quand je suis allé en Scandinavie, mon ADN nord-côtier s’est réveillé. J’ai pris les moyens nécessaires pour écouter mon rêve et j’ai quitté Laval pour intégrer le CTEQ à titre de conseiller en transfert d’entreprise pour la Côte-Nord et le Nord-du-Québec.

Je lui demanderais également quelles sont ses passions. Faire du « fat bike » après le travail, ça lui dit ? Voir la mer sur son perron et la forêt boréale sur son balcon, ça lui chante ? Alors, pourquoi ne pas y vivre 12 mois par année plutôt que d’y passer 2 semaines par année pour des vacances ?

Pour ma part, je peux vous dire que je me suis vite habitué à voir ce paysage plutôt que celui de panneaux publicitaires.

M. Lesourd, de quelle façon est-ce qu’un(e) jeune peut se préparer pour amener sa vie en région ? Par où commence-t-il/elle ?

Je crois que la première étape est très personnelle. Il faut faire une introspection, se demander ce qu’on veut dans la vie, qui on est, qu’est-ce qu’on a envie de faire, comment veut-on être heureux et faire une différence.

Ensuite, appuyer son projet en s’entourant des bons organismes et programmes. Cela permettra d’avoir accès à de l’information et un accompagnement de qualité.

Enfin, tout au long du projet, je dirais que l’important est de se faire confiance et de s’entourer des bonnes personnes. Certains risquent de vouloir vous mettre des bâtons dans les roues. Il faut croire en soi tout en gérant les risques et le changement en s’assurant d’un accompagnement adéquat.

M. D’Amours, du côté du CTEQ, par où est-ce qu’un jeune commencerait s’il souhaite reprendre une entreprise en région ?

Ma première question pour lui ou elle serait : « As-tu déjà visité la région ? »

Je l’encouragerais à faire un « road trip » pour déterminer si c’est réellement le mode de vie qu’il ou qu’elle souhaite. Si oui, est-ce qu’il ou elle se sent davantage dans son élément près de la mer, de la forêt ou des montagnes ? Est-ce qu’il ou elle se voit plus à Les Escoumins, Kuujjuaq ou à Sept-Îles ?

Deuxièmement, quel type d’entreprise l’intéresse ? Une chocolaterie, une entreprise de plein air ou touristique, par exemple ?

Troisièmement, comprendre les étapes et le processus de la reprise (achat) d’une entreprise. Le guide du repreneur est un excellent outil pour cela. Ensuite, établir un plan de match en impliquant le plus tôt possible des organismes comme le CTEQ et Place aux jeunes en région.

M. Lesourd, parmi toutes les régions du Québec, lesquelles ont un besoin plus criant en « jeunesse » ou en repreneurs (acheteurs) actuellement ?

Les régions dites « éloignées » comme la Côte-Nord, le Nord-du-Québec et la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine sont les plus touchées par le vieillissement de la population. L’impact de l’épicerie qui fermerait ses portes est très concret dans ces régions. À l’inverse, si un(e) jeune reprenait ce commerce, l’impact serait immensément positif.

On dit souvent que la Côte-Nord est loin de Montréal. À cela, la question que j’aime poser est : « Qui est loin, exactement ? » Tout est une question de perspective.

M. D’Amours, en Côte-Nord et au Nord-du-Québec, où sont les besoins principalement en matière de repreneuriat ?

Les besoins sont partout. Il y a une véritable pénurie de main-d’œuvre et de relève repreneuriale. De l’autre côté, les propriétaires d’entreprise cédants sont très accueillants et heureux de trouver une relève qui s’intéresse à leur entreprise.

 M. Lesourd, si vous aviez un message que vous aimeriez que les jeunes retiennent de notre entretien d’aujourd’hui, quel serait-il ?

Selon mes observations, les jeunes valorisent principalement l’accès à la propriété, l’environnement et l’achat local. C’est exactement ce que les régions ont à offrir; s’installer en région permet donc ce mariage naturel. J’encourage donc les jeunes à réfléchir à ce qu’ils veulent, à s’entourer des bonnes ressources, et surtout, à se faire confiance.

M. D’Amours, de votre côté, si vous aviez un message que vous aimeriez que les jeunes retiennent de notre entretien d’aujourd’hui, quel serait-il ?

Faites le saut : réalisez votre rêve ! Conciliez votre vie professionnelle à votre épanouissement personnel. Vivre en région, c’est un « road trip » perpétuel, donc vivez-y 12 mois par année. Pour ma part, j’ai dû faire le tour du monde pour réaliser que le bonheur était sur mon perron, ici, au Québec, et plus précisément en Côte-Nord.

Sources :

*Banque de développement du Canada – Étude Vague de transferts d’entreprise en vue au Canada, septembre 2017

 

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