Michel Paradis, la médiation au service du transfert d’entreprise

La médiation au service du transfert d’entreprise

Propos recueillis auprès de Michel Paradis, notre conseiller senior en transfert d’entreprise pour la région Capitale-Nationale


Présentez-vous-en quelques lignes

J’ai suivi des études de droit à l’UdeM et des cours complémentaires en commerce international. Plus récemment, j’ai participé à une formation en médiation civile et commerciale pour obtenir sous peu mon accréditation à titre de médiateur.

Depuis 20 ans, je suis consultant dans l’accompagnement de PME, je les sensibilise notamment au transfert d’entreprise. De plus, j’ai été formateur Succès Relève pour le module sur les enjeux humains du transfert d’entreprise. Avant de rejoindre le CTEQ, j’ai exercé comme conseiller au sein cabinet du ministre de l’Agence de développement économique Canada pour les régions du Québec, du ministre aux affaires intergouvernementales canadiennes et comme directeur aux politiques au cabinet du ministre des Transports et Infrastructure Canada.

Présentez votre région et ses principaux atouts

La région Capitale Nationale représente plus de 800 000 habitants et son tissu économique est très diversifié. C’est une région dans laquelle on retrouve une grande pluralité de secteurs économiques tels que le secteur financier et de l’assurance, manufacturier/fabrication ainsi que le secteur du commerce de détail et de gros.

J’ai eu l’occasion d’accompagner des entrepreneurs dans des secteurs majeurs de la région tout comme de collaborer avec divers intervenants qui touchent aussi à la question du transfert d’entreprise. Bref, les cédants et repreneurs sont fort bien soutenus.

Aussi, la relève d’entreprise est très développée dans le milieu universitaire et collégial : le CÉGEP Garneau offre un volet « relève » dans le cadre de sa formation. Également, plusieurs organismes offrent, en plus du CTEQ, de l’accompagnement en transfert d’entreprise : la CDR Québec-Appalaches, la CDEC de Québec et l’École d’entrepreneuriat de Québec.

Depuis quand travaillez-vous pour le CTEQ ? Pourquoi être au service des repreneurs et cédants ?

À la fin de mois de mars, cela fera 1 an que je suis conseiller en transfert d’entreprise au CTEQ. Intégré cet organisme était une suite logique dans le cheminement de ma carrière professionnelle cela répond également à l’enjeu de la relève entrepreneuriale auquel j’étais déjà sensible quand j’étais consultant.

L’aspect politique du transfert d’entreprise m’intéresse aussi, il répond à un enjeu pour maintenir la croissance de nos entreprises car si elles ferment, cela engendre un appauvrissement collectif majeur et c’est aussi un maintien de la qualité de vie et de la création richesse.

En quoi consiste votre travail au CTEQ ?

Mon rôle de conseiller consiste à m’assurer que les cédants et les repreneurs connaissent chacune des étapes du processus de transfert d’entreprise jusqu’à la transaction et que ces derniers soient sur la même longueur d’onde.

Tel un chef d’orchestre, je fais en sorte que chacun respecte les étapes de transfert, de la validation du projet à la transition. Je coordonne le suivi de ces étapes et les interventions des différents experts pour corriger le tir si des interrogations subsistent.

Quelles sont les valeurs communes entre la médiation et l’accompagnement en transfert d’entreprise ?

Il y a en effet, une corrélation forte entre mon rôle de conseiller en transfert d’entreprise et celui de médiateur, notamment la neutralité. Je m’assure dans mon travail que les 2 parties (cédant et repreneur) soient gagnantes dans le processus. Je représente les 2 parties et mon but est qu’elles arrivent à bon port et qu’elles sachent pourquoi elles y arrivent. Et si elles n’y arrivent pas, cela ne sera pas à cause d’un conflit, mais je dois m’assurer qu’elles comprennent pourquoi elles n’y arrivent pas. Comme conseiller et médiateur, la neutralité est fondamentale. Je ne privilégie aucune partie prenante, sinon une perte de confiance va s’opérer par l’autre partie et je me dois de me préserver de ce risque. C’est donc une valeur ajoutée que je propose à mes clients grâce à la médiation.

Est-ce que c’est difficile pour toi parfois de rester objectif ?

C’est dans ma nature d’être objectif dans mon travail. Avant même que je débute l’accompagnement d’un entrepreneur, j’indique ce que je vais faire et jusqu’où je peux me rendre, cela évite de générer des attentes et des espoirs que je ne suis pas en mesure de combler. Il est capital de clarifier les enjeux, les étapes dès le départ avec les entrepreneurs.

Comment débute le processus de maillage ?

Avant la 1ère rencontre entre un cédant et un repreneur, je débute un processus de qualification. Je rencontre les 2 parties individuellement pour connaître les causes de la vente auprès du cédant et la motivation du repreneur à acquérir une entreprise. Je m’assure que le maillage entre eux puisse se faire : clients, fournisseurs, famille. Le processus de transfert d’entreprise doit se faire dans un cadre calme, serein et propice à la transaction. Et puis, je valide le profil et le secteur d’activité afin d’avoir un profil global.

Ensuite, je joue un rôle de facilitateur pour que le maillage puisse prendre forme : rôle d’intermédiaire entre le cédant et le repreneur. Le repreneur ne sera pas en mesure de communiquer directement avec le cédant jusqu’à la première rencontre. Pourquoi ? Pour conserver un environnement neutre.

Selon la volonté des parties, je m’assure d’être présent pour coordonner les rencontres et assurer la médiation. À chacune de ses rencontres, je fais un compte-rendu de nos échanges et ce que chacun doit faire d’ici la prochaine étape. Enfin, on passe à une autre étape et ainsi de suite jusqu’à la transaction.

Selon vous, quel est l’aspect le plus important dans un transfert d’entreprise? et dans une reprise d’entreprise?

L’aspect communicationnel. Tout au long du parcours, il ne doit pas y avoir de surprises, le discours que l’on tient au début doit être le même jusqu’à la fin pour que tout le monde soit à l’aise et en confiance.

Pour le repreneur, avoir une bonne compréhension du processus de transfert, lui permettra de faire un plan d’affaires et une planification stratégique pour l’avenir de l’entreprise. Les enjeux humains sont fondamentaux dans un transfert d’entreprise, c’est l’essence même du succès d’une transaction.

Vous donneriez quels conseils à un cédant souhaitant transmettre son entreprise ?

Le conseiller CTEQ doit déterminer les raisons de la vente de l’entreprise avec le cédant. Est-ce que cette décision vient vraiment de lui? Est-ce qu’il subit une pression externe? Est-ce le bon moment? Quels sont ses projets? Si cette réflexion n’est pas amorcée dès le départ, plus le jour de la signature va se rapprocher, plus les angoisses et les interrogations vont apparaître.

Et à un entrepreneur ayant un intérêt pour la reprise d’entreprise ?

Un repreneur doit bien comprendre que de reprendre une entreprise n’est pas fondamentalement différent que d’en créer une au niveau de la conciliation travail/famille. À titre d’exemple, lorsque l’on est employé d’une entreprise que l’on veut reprendre, l’environnement familial doit être propice à cela.

Il faut notamment s’assurer que sur le plan financier, il est en mesure de débuter l’exercice. En effet, bien qu’il existe différentes sources de financement pour prendre la relève d’une entreprise au Québec. Il n’est donc pas nécessaire d’apporter 100% de la mise de fonds, même si l’apport financier est capital. Il faut aussi donner le temps au temps, la reprise n’est pas un sprint, mais une course de fond. Il faut planifier : c’est le maître mot pour réussir le processus d’acquisition.

 Votre plus beau témoignage d’entrepreneur au CTEQ :

« C’est la première fois que j’ai quelqu’un qui m’écoute à ce point là ! »

« Michel grâce à tes interventions, finalement je vois clair. »

L’écoute est une partie intégrante de mon rôle de conseiller et assure une parfaite médiation.